jeudi 3 janvier 2013

Une semaine éléphantesque!


Autrefois appelé le « Pays au million d’éléphants », le Laos n’en compte aujourd’hui environ plus que 1 500. On estime à 1 000 le nombre d’éléphants sauvages vivants dans les forêts laotiennes, dont une grande partie dans la province de Sainyabuly. Les autres sont domestiqués et employés pour de durs labeurs comme l’exploitation forestière. Cependant, ils sont progressivement remplacés par des machines modernes. Les mahouts (cornac) travaillent donc de plus en plus avec les agences touristiques proposant des treks à dos d’éléphant. Malheureusement, les pachydermes ne sont pas toujours traités convenablement par ces agences.

L’équipe de l’Elephant Conservation Centre de Sainyabuly œuvre pour la préservation des éléphants d’Asie. C’est donc vers eux que nous nous sommes orientés, afin de vivre une expérience unique et en apprendre plus sur ces grands mammifères. C’est un rêve d’enfance d’Edwige que nous réalisons !


L’éléphant d’Asie : une espèce menacée

C’est tout d’abord la déforestation qui menace la survie des éléphants d’Asie. Elle nous sautera d’ailleurs aux yeux tout au long de notre séjour au Laos. Le comble est que les éléphants domestiqués sont employés pour détruire l’habitat de leur propre espèce…
D’autre part, il y a le braconnage. Ces mammifères sont chassés pour leur viande, leur cuir et leur ivoire. D’autres sont illégalement capturés pour être parqués dans des zoos ou exploités dans des cirques en Chine ou Corée du Nord.
La population des éléphants du Laos a également subi de lourds dommages lors de la guerre du Vietnam. 400 éléphants furent tués lors du transport de vivres et d’armement.

Le taux de natalité, quand à lui, est très faible, du moins chez les éléphants domestiqués. En 2011, seulement 4 naissances ont été recensées (dont 2 à l’Elephant Conservation Center), alors que 16 pachydermes sont morts. En effet, pendant les 22 mois de gestation et l’année d’allaitement qui suit, une femelle éléphant ne peut travailler, ne rapportant plus d’argent à son mahout. Celui-ci n’a alors aucun intérêt à la faire se reproduire, d’autant plus que la saillie coûte très cher.

Ainsi, si le ratio naissance/décès ne change pas, l’extinction de l’espèce au Laos est prévue d’ici 2040.


Les missions de l’Elephant Conservation Center (ECC) :

Le centre des éléphants de Sainyabuly mène plusieurs programmes visant à la conservation des éléphants d’Asie, soutenu par l’ONG française Elefantasia.

Il y a tout d’abord le programme de soins des éléphants. Une équipe mobile vétérinaire se déplace dans l’ensemble du pays sur les camps d’exploitation forestière, afin de prodiguer gratuitement des soins aux nombreux éléphants blessés au travail, ainsi que des vaccinations. Cette activité permet dans le même temps un recensement des éléphants domestiqués du Laos. Le centre sert également d’hôpital pour les éléphants les plus sévèrement touchés et ne pouvant plus travailler. Les mahouts reçoivent alors un petit salaire le temps de la convalescence de leur animal.

D’autre part, le programme de reproduction et d’élevage de l’ECC accueille les mahouts et leurs femelles éléphants en gestation, pendant la durée de leur « congés maternité ». Les cornacs se voient alors attribués un tracteur pour remplacer leur éléphant, ainsi qu’un petit salaire pendant environ 18 mois. Ce programme a pour but d’inciter les mahouts du pays à faire reproduire leurs femelles dans de bonnes conditions.

En plus de ces deux principales missions, le centre forme les cornacs voulant travailler dans le tourisme avec leur éléphant et sensibilise les enfants des écoles de la province de Sainyabuly aux problèmes environnementaux.

Depuis un an et demi maintenant, le centre s’est établi dans un cadre idyllique au bord du lac-réservoir de Nam Tien entouré d’une jungle luxuriante. Il possède 5 éléphants, tous rescapés des camps d’exploitation. Il peut désormais accueillir les touristes désireux de tenter l’expérience d’un contact privilégié avec l’éléphant d’Asie. Les revenus du tourisme apportent une partie de l’aide financière nécessaire à la réalisation de ce programme de conservation.


En savoir plus sur l’éléphant et son mahout :

Mae Kham Ohn et Son son mahout
Le dressage d’un éléphanteau commence à l’âge de 3 ans. Le jeune mahout qui lui est attitré débute son apprentissage en même temps, supervisé par un ainé. Ainsi, éléphant et mahout sont éduqués ensemble, grandissent ensemble et vieillissent ensemble. Ils ont donc confiance l’un en l’autre, mais le mahout a toujours conscience qu’il vit aux côtés d’un animal qui peut le balayer comme une mouche ! Il doit donc être autoritaire et ne jamais lui montrer sa peur.

Les éléphants sont dotés d’une grande intelligence. Ils n’oublient jamais rien et peuvent avoir de la rancune envers quelqu’un. Ils sont également très joueurs. Enfin, ils sont timides et peureux et peuvent éprouver du chagrin à la perte de l’un des leurs.

Bien qu’épaisse, la peau de l’éléphant est très sensible. Il l’asperge d’eau, de boue et de poussière pour la protéger du soleil et des insectes. Sa trompe est très puissante et agile à la fois : il peut aussi bien déplacer d’énormes troncs d’arbre, qu’attraper délicatement une pelure de papaye ! C’est un mammifère immense et paradoxalement, il est très silencieux lorsqu’il se déplace et est très bon nageur. Enfin, les éléphants sont de gros mangeurs : ils consomment 250 kilos de fourrage et 150 litres d’eau par jour.

Durant notre séjour passé à observer les éléphants, nous avons effectivement pris conscience que ce sont des animaux massifs mais délicats et très attachants.


Notre volontariat à l’Elephant Conservation Center :

Le centre de conservation des éléphants de Sainabuly
Nous passons six merveilleuses journées au bord du lac Nam Tien, dans un camp de huttes en bambou avec l’équipe du centre. En effet, vétérinaires, guides, cornacs, cuisinières, femmes de ménage, jardiniers… vivent tous ici dans une ambiance décontractée « laotienne » et accueillent les touristes pour quelques jours ou semaines. Les touristes peuvent y passer la journée, un séjour de 3 jours et 2 nuits ou bien un « volontariat »  de 6 jours, formule que nous avons choisie. 

Nous passons le début de notre séjour au centre en compagnie de Louise et Sean, un jeune couple très sympathique. Lui est italo-anglais et elle franco-anglaise. Ils font un tour du monde d’un an.

Au lever du soleil, après un petit-déjeuner copieux, nous partons en forêt réveiller ces charmants pachydermes. Le chemin est parfois long et semé d’embuches (et de toiles d’araignées !). Nous découvrons les éléphants dans la brume, sortant des feuillages en silence… c’est un spectacle inoubliable ! Nous faisons ensuite le chemin du retour sur leur dos, profitant de la fraicheur matinale et du chant des oiseaux.

Notre guide Lha, nous présente les cornacs et leurs éléphants. Il y a 4 femelles (Mae Doc, Mae Boun Nam, Mae Kham Ay, Mae Kham Ohn) et 1 mâle (Thong Khroun). Très rapidement nous apprenons les techniques pour grimper sur un éléphant et quelques rudiments de guidage.
Puis, l’heure du bain est un moment magique. Ce sont des barrissements de plaisir ! Certains se roulent dans l’eau quand d’autres se laissent seulement faire une petite toilette par leur cornac.

Les repas y sont très bons. Le matin et à midi, nous mangeons avec les touristes de bons petits plats de cuisine laotienne. Nous découvrons à cette occasion de nombreux fruits exotiques tels que le ramboutan et le mangoustan. Le soir, au son de la cloche, nous dinons avec le staff. Assis sur des nattes de bambou, nous mangeons avec les mains de la cuisine familiale (moins raffinée qu’à midi…). C’est l’occasion d’enrichir notre vocabulaire laotien. Cela ne semble pas être un moment particulièrement convivial pour le staff laotien. Il réserve cela à d’autres moments de la journée.

Dans l’après-midi, nous avons le plaisir de visiter la nurserie et rencontrer les éléphanteaux nés dans le centre. Ils reproduisent les gestes de leurs mères et tètent de temps à autres : que c’est attendrissant !

Nous visitons l’hôpital avec Emily, une jeune guide québécoise, aide vétérinaire de formation. Venue initialement pour un volontariat de 5 semaines, elle réside au centre depuis maintenant 5 mois ! Elle est  passionnée, pétillante, amusante et pédagogue. Elle nous présente les missions du centre, ainsi que les pathologies prises en charge et le matériel de soin. Lorsque Mae Kham Ay vient un après-midi pour ses soins gynécologiques quotidiens, c’est Carla la vétérinaire qui la soigne. Nous assistons à un prélèvement vaginal, une injection d’antibiotiques et une prise de sang. Nicolas est désigné d’office pour tenir l’oreille de l’éléphant durant le prélèvement sanguin. Mea Kham Ay ne bouge pas d’un poil. Nous pouvons apercevoir une petite larme couler au coin de son œil… Grognant tout doucement, elle tient sa trompe dans sa bouche, comme un enfant mordillerait son pouce. C’est un instant émouvant…

En fin de journée, après le bain des éléphants, nous nous rafraichissons un peu dans le lac au milieu des algues. C’est un moment de détente très appréciable avec les autres touristes et les membres de l’équipe.

En plus de passer du temps avec les éléphants, nous réalisons sur le camp de petits travaux de jardinage et de bricolage. Nous nous lançons également dans un grand travail de rénovation du terrain de « petang » ! Celui-ci est en piteux état… Avec les moyens du bord, nous transformons ce terrain vague en un boulodrome de compétition ! A cette occasion, Sergei nous fabrique une « dameuse en bois à l’huile de coude » très performante ! Après une carrière à la télévision italophone de Ljubljana, ce Slovène d’une soixantaine d’années a été paysagiste. Il vit au Laos depuis 9 mois, partageant son temps entre méditation et chantiers de construction. 

Un jour, en l’absence de la directrice du centre, les membres du staff laotien décident que c’est un jour de repos. Dès 10h du matin, ils décapsulent les premières bières et allument l’ampli ! Ils rient, chantent et dansent sur le rythme endiablé de « dance music » laotienne. Cela nous rappelle de bons moments vécus quelques jours plus tôt dans la famille de Pha. C’est une coutume qui semble assez répandue au Laos. La fiesta se poursuit toute l’après-midi pour se terminer vers 20h, juste à temps pour l’endormissement des touristes…

Pour le jour de l’an, nous festoyons avec Sean et Louise, ainsi qu’une famille de français. Ceux-ci fournissent gracieusement le champagne, le vin rouge et le foie gras. De notre côté, nous apportons les Chupa Chups ! Nous dégustons tout cela autour d’un jeu de devinettes qui nous mène doucement jusqu’à minuit. A minuit dix, tous très fatigués par ces journées de plein air, nous rejoignons nos pénates. Les nuits sont fraiches et paisibles au centre, propices à de beaux rêves éléphantesques…



L'arrivée au centre en pirogue sur le lac Nam Tien





Perdue dans la jungle...

On ne peut pas les manquer ces empreintes
Tête poilue!



Le matin dans la brume

C'est l'heure du bain...


Bain dans le lac Nam Tien

Petite toilette pour Thong Khroun....





Commandes pour faire avancer son éléphant au Laos

Mae Kham Ay, demandant une banane à son mahout Ath




Nicolas sur Mae Kham Ay

Attention à la descente!

Aux côtés de Thong Khroun



Petit câlin...

Chouchouté par ses dames!



Trop dociles ces pachydermes



Balade à dos d'éléphant avec Sean et Louise

Mae Veng et son éléphanteau à la nurserie


Petit éléphant deviendra grand...



Nos amies, les araignées de la jungle!
C'est l'heure d'aller se coucher...

L'ECC

Où est Charly?

Micky, un jeune compagnon sympa!

C'est aussi un centre de conservation pour chatons...

A droite: Louise, Lha notre guide et Sean

Instant de détente dans le lac avec Sean et Louise

Avec Sean et Louise




"Terrain de pétang" avant!

Niveau outillage, on est pas au top!

Mais, on avance...


Heureusement, Serguei nous donne un bon coup de main

Dameuse, faite maison!

Et voilà le travail!


Inauguration par Nicolas, juste avant le départ...





L'équipe: Carla la vétérinaire, Coralie la chef, Emily et Lha les guides



Et quelques vidéo marrantes: leçon de cornaquage, le bain des éléphants et à dos d'éléphant!