Partis de la région
d’Hoi An au centre du pays, nous rejoignons Saigon par le train de nuit en
longeant la côte de la Mer de Chine Méridionale. C’est certainement le meilleur
train de nuit que nous ayons emprunté durant notre voyage en Asie. Calme et
propre, les conditions de voyage sont bonnes. Nous partageons le compartiment
avec 3 dames vietnamiennes très gentilles. Comme souvent, elles nous invitent à
partager leur repas. L’une d’entre-elles, transporte d’énormes sacs de riz,
qu’elle revendra peut-être à Saigon.
Saigon est la capitale
économique du Vietnam. Elle fut renommée Ho Chi Minh Ville en 1975, mais il
semble que ses habitants continuent de l’appeler par son ancien nom. C’est une
ville en fort développement. On y retrouve le dynamisme et l’euphorie d’une
ville comme Shanghai il y a quelques années. Sa transformation est fulgurante.
De nombreux gratte-ciel poussent comme des champignons aux abords de son centre
historique. Un projet pharaonique est en cours : la construction d’un
quartier d’affaire à l’image de celui de la Tour de Perles face au Bund à
Shanghai.
Un flot incessant et
assourdissant de scooter inonde les artères de la ville. Il y a de quoi perdre
quelques décibels d’audition à chaque journée de visite… Malgré ce désagrément,
nous apprécions la diversité des casques de motos des vietnamiens. Presque
exclusivement de type « casque de jockey », il y en a pour tous les
goûts : rose avec un lapinou, en cuir et métal type aviateur, vert
camouflage avec son filet, étoile rouge sur fond blanc, à pois, etc. Le port du
casque obligatoire a certainement stimulé la créativité des designers
vietnamiens (ou chinois) pour le plus grand bonheur des cyclomotoristes !
Nous visitons
l’ancien quartier français, traversé par la célèbre Rue Catinat (qui changea de
nom à l’indépendance). A l’époque coloniale, les français s’y retrouvaient à la
terrasse des cafés, aux hôtels Rex ou Majestic ou au Théâtre. On y sirotait des
vermouths, cassis, Pernod, Byrrh ou quinquinas Dubonnet. Cette ville était
surnommée à l’époque « Le petit Paris de l’Extrême Orient ». Durant
la guerre du Vietnam, elle fut fréquentée par les soldats américains en
permission ou en poste. Le bas de la rue était alors une succession de bars à
filles… La rue Catinat était également un vrai nid d’espions. Officiers, journalistes,
indicateurs, agents de la CIA et espions de tous bords se retrouvaient à
l’hôtel Continental. Selon l’auteur Patrick Deville1, l’espion
communiste Pham Xuân Ân y recueillit un nombre important d’informations de
premier ordre. Si bien que le général vietnamien Giap (vainqueur de Dien Bien
Phu, puis des américains) confirmera après la guerre avoir été « assis en
permanence dans la salle de commandement américain » ! Il semble qu’à
l’époque « Radio Catinat » était la source officieuse la plus
efficace de toute la ville…
Le 25 janvier, nous
fêtons l’anniversaire de Nicolas. Pour l’occasion nous prenons le petit
déjeuner dans un parc. Le soir, nous célébrons ce jour particulier par un bon
restaurant. Nous découvrons à cette occasion un délicieux dessert aux haricots
blancs et graines de tapioca. Quiz communiste pour deviner l’âge de
Nicolas : il a l’âge actuel du général Giap, moins l’âge d’Ho Chi Minh à
sa mort, plus la durée de la guerre d’Indochine, plus six fois le nombre
d’étoiles présentes sur le drapeau vietnamien… alors vous avez trouvé ?
Un soir, alors que
nous profitons de la fraicheur crépusculaire, nous tombons sur un cours de
fitness en plein air. Des dames de tous âges se dandinent en rythme sur une
place arborée, en plein cœur d’un carrefour. L’ambiance y est détendue et le
cours ouvert à tous. Edwige s’essaie à cette danse avec brio !
Edwige retrouve ses « racines
médicinales » au Musée de la Médecine traditionnelle vietnamienne. Il est
logé dans la réplique d’une demeure de médecin vietnamien d’il y a quelques
siècles. Le musée possède une belle collection d’objets anciens utilisés par
les praticiens de l’époque : vases, balances, meules, mortiers, ciseaux,
couteaux, etc. Un vieux grimoire (le Vidal de l’époque…) récence les remèdes ancestraux.
Edwige revêtit un costume traditionnel de médecin : on la sent à
l’aise ! Dans une vitrine sont exposés des centaines de plantes
médicinales. Il y a même une plante dont le fruit prendrait une forme humaine.
Nous restons dubitatifs devant cette plante que nous avons sous nos yeux. Il
doit y avoir un trucage… la silhouette humanoïde est trop évidente ! Cela
mériterait une petite investigation… Pour la petite anecdote, ce n’est qu’après
deux longues heures de marches à tourner dans le quartier, que nous avons
finalement atterris au musée. La carte du Guide du Routard étant périmée, nous
nous sommes égarés dans les ruelles labyrinthiques de Saigon. Heureusement, un
vielle dame très gentille nous y a prise sous son aile… A la façon de
« Passe-Partout » dans l’émission Fort Boyard, elle nous a ouvert une
porte secrète au fond d’une cour… Eh, hop nous voilà comme par miracle
téléportés à quelques mètres du musée ! Nous étions vraiment sur le point
d’abandonner…
Nous visitons le Musée
des Vestiges de la Guerre, anciennement appelé le Musée des Crimes de Guerre
Américains… Sa vocation est de montrer les atrocités de la guerre du Vietnam et
les bienfaits du communisme. Il est conçu sur le même modèle que le Musée de la
Victoire à Dien Bien Phu ou que celui de la Révolution à Hanoi. Une vision
manichéenne des conflits est omniprésente dans les expositions. Elle atténue
l’empathie que l’on peut éprouver naturellement envers le peuple vietnamien,
qui a été victime du colonialisme français puis de l’impérialisme américain.
Heureusement, le deuxième étage héberge une très belle exposition sur les
photographes reporters, ayant couvert la guerre du Vietnam. Conçue en
partenariat avec deux journalistes britanniques Tim Page et Horst Faas, elle
présente le travail de reporters vietnamiens et étrangers sur ce conflit et
l’impact de ces clichés sur l’opinion publique américaine. Elle nous immerge
dans la guerre, au cœur des rizières boueuses, des collines criblées de
souterrains, de la jungle mangeuse d’hommes, des routes minées, des villages
rasés au napalm. L’horreur de la guerre du Vietnam nous est décrite dans les
deux camps, en replaçant les photographies dans leur contexte. Le point de vu
et la personnalité des reporters sont mis en avant, ce qui offre au visiteur
une vision plurielle de la guerre. On apprécie cette approche un peu plus
objective et libre que celle des autres salles du musée…
Enfin, nous visitons
l’ancien Palais présidentiel, renommé Palais de la Réunification. Celui-ci fut
pris par l’armée vietminh le 30 avril 1975 à 10h45, entérinant ainsi la fin de
la guerre du Vietnam. Les images des chars nord-vietnamiens enfonçant les
grilles du palais ont, à l’époque, fortement marqué l’opinion publique
américaine. La visite des salles de réception, du bureau présidentiel et du
bunker est fort intéressante. Tout semble comme figé en 1975 ! Le design
du mobilier et des décorations est typique des années 1970. Le président y
vivait avec sa famille et y dirigeait (tyranniquement) le pays. En se promenant
dans ce bâtiment, on a la sensation de revivre les derniers jours de la guerre
du Vietnam.
Nous passons ainsi
trois jours à Saigon avant de quitter définitivement le Vietnam. Nous
traversons la frontière terrestre en bus pour nous rendre à Phnom Penh, la capitale
du Cambodge, le dernier pays de notre tour d’Asie…
Nicolas et Edwige
Note 1 : « Kampuchéa », Patrick
Deville, Editions du Seuil, 2011
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| Train de nuit entre Da Nang et Saigon : le Number One de notre tour d'Asie ! |
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| Sur la couchette d'en face |
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| Les grattes-ciels poussent comme des champignons à Saigon |
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| En face, l'hôtel Continental, "Nid d'espions" durant la guerre du Vietnam. A gauche, le célèbre Café Givral |
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| L'hôtel de ville, sorte de "pièce montée à la crème", date de l'époque coloniale. |
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| La cathédrale d'époque coloniale. |
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| Petit déjeuner pour fêter l’anniversaire de Nicolas. La réponse au "Quiz communiste" est sur la photo... |
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| Rebelote le soir même au restaurant. |
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| Une scène de vie quotidienne au Musée de la Médecine traditionnelle chinoise. |
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| Le fameux grimoire... |
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| Quelques plantes médicinales. |
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| Docteur Edwige s'est convertie à la médecine chinoise ! |
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| Les fameux fruits à la silhouette humanoïde... Un arbre produirait naturellement ces fruits... nous restons dubitatifs... |
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| Véhicules de guerre américains à l'entrée du Musée des Vestiges de guerre. |
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| Un lieu de "mémoire communiste" très fréquenté par les écoles. |
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| L'exposition sur les reporters de guerre : la plus sérieuse et "objective" du musée ! Les autres sont malheureusement polluées par la propagande communiste... |
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| Exposition sur les reporters de guerre. |
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| Exposition sur les reporters de guerre. |
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| La poste centrale coloniale |
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| Mariage devant la poste centrale ! |
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| Le Palais de la Réunification (ancien palais présidentiel jusqu'en 1975). |
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| Les grilles du Palais présidentiel par lesquelles ont pénétré les chars nord-vietnamiens le 30 avril 1975. Cette prise du palais acte la fin de la guerre du Vietnam. |
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| Entrée de l'armée nord-vietnamienne dans le Palais présidentiel le 30 avril 1975. |
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| Les chars nord-vietnamien devant le Palais présidentiel. |
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| Le buste d'Ho Chi Minh dans une salle de réception du Palais de la Réunification. |
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| Une salle de détente : remarquez le mobilier 70's. Aujourd'hui on appelle ça Vintage ! |