dimanche 27 janvier 2013

Saigon : la méridionale vietnamienne


Partis de la région d’Hoi An au centre du pays, nous rejoignons Saigon par le train de nuit en longeant la côte de la Mer de Chine Méridionale. C’est certainement le meilleur train de nuit que nous ayons emprunté durant notre voyage en Asie. Calme et propre, les conditions de voyage sont bonnes. Nous partageons le compartiment avec 3 dames vietnamiennes très gentilles. Comme souvent, elles nous invitent à partager leur repas. L’une d’entre-elles, transporte d’énormes sacs de riz, qu’elle revendra peut-être à Saigon.


Saigon est la capitale économique du Vietnam. Elle fut renommée Ho Chi Minh Ville en 1975, mais il semble que ses habitants continuent de l’appeler par son ancien nom. C’est une ville en fort développement. On y retrouve le dynamisme et l’euphorie d’une ville comme Shanghai il y a quelques années. Sa transformation est fulgurante. De nombreux gratte-ciel poussent comme des champignons aux abords de son centre historique. Un projet pharaonique est en cours : la construction d’un quartier d’affaire à l’image de celui de la Tour de Perles face au Bund à Shanghai.

Un flot incessant et assourdissant de scooter inonde les artères de la ville. Il y a de quoi perdre quelques décibels d’audition à chaque journée de visite… Malgré ce désagrément, nous apprécions la diversité des casques de motos des vietnamiens. Presque exclusivement de type « casque de jockey », il y en a pour tous les goûts : rose avec un lapinou, en cuir et métal type aviateur, vert camouflage avec son filet, étoile rouge sur fond blanc, à pois, etc. Le port du casque obligatoire a certainement stimulé la créativité des designers vietnamiens (ou chinois) pour le plus grand bonheur des cyclomotoristes !

Nous visitons l’ancien quartier français, traversé par la célèbre Rue Catinat (qui changea de nom à l’indépendance). A l’époque coloniale, les français s’y retrouvaient à la terrasse des cafés, aux hôtels Rex ou Majestic ou au Théâtre. On y sirotait des vermouths, cassis, Pernod, Byrrh ou quinquinas Dubonnet. Cette ville était surnommée à l’époque « Le petit Paris de l’Extrême Orient ». Durant la guerre du Vietnam, elle fut fréquentée par les soldats américains en permission ou en poste. Le bas de la rue était alors une succession de bars à filles… La rue Catinat était également un vrai nid d’espions. Officiers, journalistes, indicateurs, agents de la CIA et espions de tous bords se retrouvaient à l’hôtel Continental. Selon l’auteur Patrick Deville1, l’espion communiste Pham Xuân Ân y recueillit un nombre important d’informations de premier ordre. Si bien que le général vietnamien Giap (vainqueur de Dien Bien Phu, puis des américains) confirmera après la guerre avoir été « assis en permanence dans la salle de commandement américain » ! Il semble qu’à l’époque « Radio Catinat » était la source officieuse la plus efficace de toute la ville…

Le 25 janvier, nous fêtons l’anniversaire de Nicolas. Pour l’occasion nous prenons le petit déjeuner dans un parc. Le soir, nous célébrons ce jour particulier par un bon restaurant. Nous découvrons à cette occasion un délicieux dessert aux haricots blancs et graines de tapioca. Quiz communiste pour deviner l’âge de Nicolas : il a l’âge actuel du général Giap, moins l’âge d’Ho Chi Minh à sa mort, plus la durée de la guerre d’Indochine, plus six fois le nombre d’étoiles présentes sur le drapeau vietnamien… alors vous avez trouvé ?

Un soir, alors que nous profitons de la fraicheur crépusculaire, nous tombons sur un cours de fitness en plein air. Des dames de tous âges se dandinent en rythme sur une place arborée, en plein cœur d’un carrefour. L’ambiance y est détendue et le cours ouvert à tous. Edwige s’essaie à cette danse avec brio ! 

Edwige retrouve ses « racines médicinales » au Musée de la Médecine traditionnelle vietnamienne. Il est logé dans la réplique d’une demeure de médecin vietnamien d’il y a quelques siècles. Le musée possède une belle collection d’objets anciens utilisés par les praticiens de l’époque : vases, balances, meules, mortiers, ciseaux, couteaux, etc. Un vieux grimoire (le Vidal de l’époque…) récence les remèdes ancestraux. Edwige revêtit un costume traditionnel de médecin : on la sent à l’aise ! Dans une vitrine sont exposés des centaines de plantes médicinales. Il y a même une plante dont le fruit prendrait une forme humaine. Nous restons dubitatifs devant cette plante que nous avons sous nos yeux. Il doit y avoir un trucage… la silhouette humanoïde est trop évidente ! Cela mériterait une petite investigation… Pour la petite anecdote, ce n’est qu’après deux longues heures de marches à tourner dans le quartier, que nous avons finalement atterris au musée. La carte du Guide du Routard étant périmée, nous nous sommes égarés dans les ruelles labyrinthiques de Saigon. Heureusement, un vielle dame très gentille nous y a prise sous son aile… A la façon de « Passe-Partout » dans l’émission Fort Boyard, elle nous a ouvert une porte secrète au fond d’une cour… Eh, hop nous voilà comme par miracle téléportés à quelques mètres du musée ! Nous étions vraiment sur le point d’abandonner… 

Nous visitons le Musée des Vestiges de la Guerre, anciennement appelé le Musée des Crimes de Guerre Américains… Sa vocation est de montrer les atrocités de la guerre du Vietnam et les bienfaits du communisme. Il est conçu sur le même modèle que le Musée de la Victoire à Dien Bien Phu ou que celui de la Révolution à Hanoi. Une vision manichéenne des conflits est omniprésente dans les expositions. Elle atténue l’empathie que l’on peut éprouver naturellement envers le peuple vietnamien, qui a été victime du colonialisme français puis de l’impérialisme américain. Heureusement, le deuxième étage héberge une très belle exposition sur les photographes reporters, ayant couvert la guerre du Vietnam. Conçue en partenariat avec deux journalistes britanniques Tim Page et Horst Faas, elle présente le travail de reporters vietnamiens et étrangers sur ce conflit et l’impact de ces clichés sur l’opinion publique américaine. Elle nous immerge dans la guerre, au cœur des rizières boueuses, des collines criblées de souterrains, de la jungle mangeuse d’hommes, des routes minées, des villages rasés au napalm. L’horreur de la guerre du Vietnam nous est décrite dans les deux camps, en replaçant les photographies dans leur contexte. Le point de vu et la personnalité des reporters sont mis en avant, ce qui offre au visiteur une vision plurielle de la guerre. On apprécie cette approche un peu plus objective et libre que celle des autres salles du musée… 

Enfin, nous visitons l’ancien Palais présidentiel, renommé Palais de la Réunification. Celui-ci fut pris par l’armée vietminh le 30 avril 1975 à 10h45, entérinant ainsi la fin de la guerre du Vietnam. Les images des chars nord-vietnamiens enfonçant les grilles du palais ont, à l’époque, fortement marqué l’opinion publique américaine. La visite des salles de réception, du bureau présidentiel et du bunker est fort intéressante. Tout semble comme figé en 1975 ! Le design du mobilier et des décorations est typique des années 1970. Le président y vivait avec sa famille et y dirigeait (tyranniquement) le pays. En se promenant dans ce bâtiment, on a la sensation de revivre les derniers jours de la guerre du Vietnam.

Nous passons ainsi trois jours à Saigon avant de quitter définitivement le Vietnam. Nous traversons la frontière terrestre en bus pour nous rendre à Phnom Penh, la capitale du Cambodge, le dernier pays de notre tour d’Asie…


Nicolas et Edwige


Note 1 : « Kampuchéa », Patrick Deville, Editions du Seuil, 2011




Train de nuit entre Da Nang et Saigon : le Number One de notre tour d'Asie !

Sur la couchette d'en face

Les grattes-ciels poussent comme des champignons à Saigon

En face, l'hôtel Continental, "Nid d'espions" durant la guerre du Vietnam. A gauche, le célèbre Café Givral

L'hôtel de ville, sorte de "pièce montée à la crème", date de l'époque coloniale.

La cathédrale d'époque coloniale.
Petit déjeuner pour fêter l’anniversaire de Nicolas. La réponse au "Quiz communiste" est sur la photo...


Rebelote le soir même au restaurant.

Une scène de vie quotidienne au Musée de la Médecine traditionnelle chinoise.

Le fameux grimoire...
 

Quelques plantes médicinales.

Docteur Edwige s'est convertie à la médecine chinoise !


Les fameux fruits à la silhouette humanoïde... Un arbre produirait naturellement ces fruits... nous restons dubitatifs...
 
Véhicules de guerre américains à l'entrée du Musée des Vestiges de guerre.

Un lieu de "mémoire communiste" très fréquenté par les écoles.

L'exposition sur les reporters de guerre : la plus sérieuse et "objective" du musée ! Les autres sont malheureusement polluées par la propagande communiste...

Exposition sur les reporters de guerre.

Exposition sur les reporters de guerre.
 
La poste centrale coloniale

Mariage devant la poste centrale !
 
Le Palais de la Réunification (ancien palais présidentiel jusqu'en 1975).

Les grilles du Palais présidentiel par lesquelles ont pénétré les chars nord-vietnamiens le 30 avril 1975. Cette prise du palais acte la fin de la guerre du Vietnam.

Entrée de l'armée nord-vietnamienne dans le Palais présidentiel le 30 avril 1975.
Les chars nord-vietnamien devant le Palais présidentiel.

Le buste d'Ho Chi Minh dans une salle de réception du Palais de la Réunification.

Une salle de détente : remarquez le mobilier 70's. Aujourd'hui on appelle ça Vintage !