Nous quittons l’Ile
du Lapin avec un léger pincement au cœur, laissant derrière nous la dernière
île paradisiaque de notre voyage en Asie. Il nous reste une dizaine de jours
avant de prendre l’avion pour la France, mais nous avons toujours le désir de
vivre pleinement ce séjour au Cambodge. Ainsi, afin de rencontrer ses
habitants, nous faisons une halte dans une ferme-auberge sur la route de Phnom
Penh (Meas Family Home Stay). Celle-ci se situe près d’Angk Tasaom, dans une vaste plaine agricole, aussi
plate que les Landes françaises et parsemée de hameaux.
Le bus nous laisse sur
une aire de repos, à l’entrée de la ville, quelques kilomètres avant la ferme-auberge.
Nous reconnaissons l’aire sur laquelle nous nous étions arrêtés à l’aller,
entre Phnom Penh et Kep. Nous sommes surpris… Ce lieux que nous situions jusqu’alors
entre nulle part et n’importe où, révèle subitement son emplacement sur la
carte du Cambodge. Il sort en quelques sortes du néant. A l’aller, nous avions
observé sur cette aire, un vendeur de grillades sur mobylette… Cet homme avait
équipé son véhicule d’un poêle-barbecue, d’un parasol et une tablette ! Une
fois terminée sa vente, il avait repris la route, son poêle rempli de braises
et son parasol ouvert… Une sorte de barbecue sur roue que l’on imagine bien
exploser en vol à tout instant !
Ne trouvant pas de
tuktuk sur l’aire de repos, nous entamons une longue marche… Les 20 kg de nos
sacs à dos pèsent sur nos épaules. A chacun de nos pas, ils nous rappellent que
nous avons constitué une vraie bibliothèque tout au long de notre voyage… « Essential
of Buddhisme », « La bataille de Dien Bien Phu », « History,
culture et customs of Sikkim », « Dying the good death in
Varanasi»… autant d’ouvrages que nous ramenons en France à la sueur de notre
front… Bus, voitures et cyclomoteurs arpentent la route poussiéreuse que nous
longeons. La chaleur, les bruits de moteurs, le poids du sac à dos, la
poussière, le regard des passants, un paquet de chips goût barbecue à la main…
tout cela nous replace dans la peau du routard ! Nos cinq sens en éveil et
un sublime sentiment de liberté renforcent notre présence au monde. Ce
sentiment aussi éphémère qu’exaltant, nous habite tout au long de cette marche
d’approche. Nous prenons ensuite un tuktuk, qui nous conduit jusqu’à la
ferme-auberge.
Nous séjournons trois
jours chez Siphen et Mach, un couple de « gentlemen-women farmers ». Ils
sont très sympathiques et accueillants ! Elle est professeur d’anglais,
lui cadre administratif dans un lycée. Ils se sont connus à l’école des maîtres
(l’IUFM cambodgien), il y a une vingtaine d’années. Depuis, en parallèle de
leur travail, ils ont créé leur ferme-auberge dans laquelle ils accueillent des
touristes étrangers. Ceux-ci peuvent, s’ils le veulent, participer aux travaux
de la ferme.
Siphen a fondé une
association qui mène des projets d’éducation en direction des jeunes des
environs. C’est dans ce cadre qu’elle offre aux élèves de son lycée la
possibilité de se retrouver tous les soirs dans un foyer de jeune, qu’elle a
construit à l’entrée de sa ferme. Les jeunes ont à leur disposition une
bibliothèque et une salle de classe. Les touristes étrangers leur donnent des
cours du soir selon leur disponibilité. C’est ainsi que nous avons partagé avec
ces jeunes notre expérience de voyage. Nous leur avons préparé une grille de mots-croisés
sur les pays que nous avons traversés. Edwige a révisé ses cours d’anatomie en
anglais et exercé ses talents de dessinatrice. Les jeunes ont joué à deviner
les parties du corps sur une magnifique planche anatomique dessinée à la
main ! Nous passons un très bon moment en leur compagnie et, comme à l’orphelinat
de Siem Reap, apprécions leur niveau d’anglais époustouflant pour leur âge
(comparé à celui des Français…). Les jeunes sont très curieux et manifestent
une réelle envie d’apprendre. On les sent heureux de se retrouver tous les
soirs dans ce foyer pour étudier ou tout simplement s’amuser et rigoler
ensemble. Apprendre dans la joie et la bonne humeur, on ne peut pas rêver mieux !
La ferme est composée
d’un ensemble de maisons longeant une cour commune et une marre remplie de
nénuphars roses. Trois ou quatre familles y habitent. Ce sont surtout les
revenus de la ferme-auberge qui assurent à cette petite communauté familiale un
niveau de vie correcte.
Nous observons la vie
quotidienne de ces familles. La cuisine est assurée par Siphen et sa belle
sœur, tandis que Mach s’occupe de la ferme. Siphen part enseigner vers 8h du
matin pour revenir vers midi, tandis que Mach travaille au lycée de 8h à 17h
mais pas tous les jours. C’est Siphen qui gère les relations publiques de la
ferme-auberge ainsi que la logistique. C’est une vraie femme d’affaires
altruiste, combinant activités touristiques et associatives. Siphen et Mach ont
une fille aînée, qui étudie aux Etats-Unis grâce à une bourse d’état. Ils sont
très fiers de son parcours et conscient de la chance qu’elle a de pouvoir
étudier à l’étranger.
Un drôle de spécimen
australien vit à la ferme auberge depuis quelques mois : Graham. Agé d’une
cinquantaine d’années, il a quitté son pays natal pour faire un break au
Cambodge. Dans sa carrière, il a travaillé dans la banque et géré une ferme de
vaches de 700 hectares. Il possède également un « Motel de routiers »
tenu par son ex-femme. Il a aujourd’hui le projet d’acheter une ferme au
Cambodge pour la fin de sa carrière. Encore un gentleman farmer ! Graham est
un gros nounours, très attachant. Le seul problème est que l’on a du mal à le
comprendre lorsqu’il parle. Il a un accent australien du feu de dieu ! Par
exemple, pour dire « rice » (riz), il dit « rwooosse »… A
partir de là, tout est possible, tous vos repères sont brouillés ! Nous vivons
de grands moments de solitude lors de quelques-uns de ses monologues... De
temps en temps, il « discute » avec la mère de Siphen : il ne
parle pas cambodgien, elle ne parle pas anglais. Et pourtant, ils semblent se
comprendre ! Ils rigolent, se tapotent sur le bras, s’extasient, acquiescent
ou désapprouvent… En fait, ils ne se comprennent pas. Chacun est dans son
monde, mais la discutions semble réelle… Tout est dans la communication non
verbale. C’est très impressionnant !
Nous faisons
également la connaissance de Katia, une allemande voyageant 4 mois en Asie du
Sud-Est. Agée d’une quarantaine d’années, elle est dans une période de
réflexion sur la vie. Elle la trouve un peu monotone et est en quête de sens. On
sent dans ses propos une forte attente de ce voyage, qui l’aidera à prendre les
bonnes décisions à son retour. Peut-être changer de travail, vivre à l’étranger,
s’investir bénévolement pour une bonne cause ou rencontrer l’amour de sa vie.
Nous lui souhaitons qu’elle trouve une réponse à ses questions et qu’elle face
les bons choix.
Nous passons nos
journées à boire du thé, faire la sieste, donner des cours d’anglais et
discuter de l’histoire du pays avec Siphen et Mach. Nous apprenons beaucoup de
ces échanges sur la vie quotidienne des Cambodgiens sous le régime Khmer Rouge
(Voir l’article dédié). Les stigmates de cette époque tragique de l’histoire du
Cambodge sont toujours présents au sein de chaque famille. Aujourd’hui
bourreaux et descendants de victimes se côtoient quotidiennement sans que
justice ne puissent être rendue…
Nous aimons nous
promener dans les rizières entourant la ferme. Ces plaines d’herbes sèches dans
lesquelles paissent des vaches d’un blanc immaculé, s’étendent à perte de vue. Ce
n’est pas sans nous évoquer la Camargue. De-ci de-là, des fermes dissimulées
derrière d’épais bosquets, émergent de cette mer d’huile brunâtre. Un léger
vent chaud balaye la terre poussiéreuse et fait frémir les vielles tiges de
riz… Nous y admirons de magnifiques levés de soleil, parmi les plus beaux de
notre voyage !
Les chiens de Siphen,
les biens nommés Dino et Lucky, nous accompagnent systématiquement dans nos
promenades à pied. Ils sont faciles à distinguer : le premier baille sans
arrêt alors que le second est toujours en mouvement !
Ainsi, nous passons
un séjour paisible en compagnie de la famille de Siphen. Ce temps de repos et
d’imprégnation du Cambodge nous fait du bien ! Il est maintenant l’heure
de les quitter pour rejoindre Phnom Penh… le cœur serré… Bien qu’un sentiment
de nostalgie nous envahisse déjà, nous ne réalisons pas encore que dans quatre
jours nous serons de retour sur le sol français.
Nicolas et Edwige
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| Préparation d'un cours d'anatomie |
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| Mots croisés anglais pour Nicolas |
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| Promenade au petit matin dans les rizières |
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| Avec nos fidèles compagnons... |
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| Lever de soleil |
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| Lever de soleil |
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| Bougainvillier |
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| Frangipanier |
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| Une énorme jaque |
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| Nos appartements! |
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| Nicolas prend des cours de langue des signes australienne! |
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| Frère de Mach Meas |
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| Neveu et nièce |
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| Graham, ami de la famille d'origine australienne |
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| Mère de Siphen |
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| Belle-soeur |
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| Cours de rouleaux de printemps avec Siphen |
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| Un délice |
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| Maison des jeunes |
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| Nicolas partage son expérience du voyage avec les jeunes |
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| La tombe du frère de Siphen |
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| Les magnifiques fleurs du jardin de Siphen et Mac |
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| Encore des fleurs ! |
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| Siphen nous cuisinant un bon petit plat. Derrière, sa belle sœur. |
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| La marre aux nénuphars de la ferme. |
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| Dans une salle de classe bouddhiste dans les alentour de la ferme. |
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| Nicolas, Edwige, Siphen, Tania |
Vidéo: Dans les rizières du Cambodge