mardi 19 février 2013

3 jours à la ferme chez Siphen et Mach


Nous quittons l’Ile du Lapin avec un léger pincement au cœur, laissant derrière nous la dernière île paradisiaque de notre voyage en Asie. Il nous reste une dizaine de jours avant de prendre l’avion pour la France, mais nous avons toujours le désir de vivre pleinement ce séjour au Cambodge. Ainsi, afin de rencontrer ses habitants, nous faisons une halte dans une ferme-auberge sur la route de Phnom Penh (Meas Family Home Stay). Celle-ci se situe près d’Angk Tasaom, dans une vaste plaine agricole, aussi plate que les Landes françaises et parsemée de hameaux.


Le bus nous laisse sur une aire de repos, à l’entrée de la ville, quelques kilomètres avant la ferme-auberge. Nous reconnaissons l’aire sur laquelle nous nous étions arrêtés à l’aller, entre Phnom Penh et Kep. Nous sommes surpris… Ce lieux que nous situions jusqu’alors entre nulle part et n’importe où, révèle subitement son emplacement sur la carte du Cambodge. Il sort en quelques sortes du néant. A l’aller, nous avions observé sur cette aire, un vendeur de grillades sur mobylette… Cet homme avait équipé son véhicule d’un poêle-barbecue, d’un parasol et une tablette ! Une fois terminée sa vente, il avait repris la route, son poêle rempli de braises et son parasol ouvert… Une sorte de barbecue sur roue que l’on imagine bien exploser en vol à tout instant !

Ne trouvant pas de tuktuk sur l’aire de repos, nous entamons une longue marche… Les 20 kg de nos sacs à dos pèsent sur nos épaules. A chacun de nos pas, ils nous rappellent que nous avons constitué une vraie bibliothèque tout au long de notre voyage… « Essential of Buddhisme », « La bataille de Dien Bien Phu », « History, culture et customs of Sikkim », « Dying the good death in Varanasi»… autant d’ouvrages que nous ramenons en France à la sueur de notre front… Bus, voitures et cyclomoteurs arpentent la route poussiéreuse que nous longeons. La chaleur, les bruits de moteurs, le poids du sac à dos, la poussière, le regard des passants, un paquet de chips goût barbecue à la main… tout cela nous replace dans la peau du routard ! Nos cinq sens en éveil et un sublime sentiment de liberté renforcent notre présence au monde. Ce sentiment aussi éphémère qu’exaltant, nous habite tout au long de cette marche d’approche. Nous prenons ensuite un tuktuk, qui nous conduit jusqu’à la ferme-auberge.

Nous séjournons trois jours chez Siphen et Mach, un couple de « gentlemen-women farmers ». Ils sont très sympathiques et accueillants ! Elle est professeur d’anglais, lui cadre administratif dans un lycée. Ils se sont connus à l’école des maîtres (l’IUFM cambodgien), il y a une vingtaine d’années. Depuis, en parallèle de leur travail, ils ont créé leur ferme-auberge dans laquelle ils accueillent des touristes étrangers. Ceux-ci peuvent, s’ils le veulent, participer aux travaux de la ferme.

Siphen a fondé une association qui mène des projets d’éducation en direction des jeunes des environs. C’est dans ce cadre qu’elle offre aux élèves de son lycée la possibilité de se retrouver tous les soirs dans un foyer de jeune, qu’elle a construit à l’entrée de sa ferme. Les jeunes ont à leur disposition une bibliothèque et une salle de classe. Les touristes étrangers leur donnent des cours du soir selon leur disponibilité. C’est ainsi que nous avons partagé avec ces jeunes notre expérience de voyage. Nous leur avons préparé une grille de mots-croisés sur les pays que nous avons traversés. Edwige a révisé ses cours d’anatomie en anglais et exercé ses talents de dessinatrice. Les jeunes ont joué à deviner les parties du corps sur une magnifique planche anatomique dessinée à la main ! Nous passons un très bon moment en leur compagnie et, comme à l’orphelinat de Siem Reap, apprécions leur niveau d’anglais époustouflant pour leur âge (comparé à celui des Français…). Les jeunes sont très curieux et manifestent une réelle envie d’apprendre. On les sent heureux de se retrouver tous les soirs dans ce foyer pour étudier ou tout simplement s’amuser et rigoler ensemble. Apprendre dans la joie et la bonne humeur, on ne peut pas rêver mieux !

La ferme est composée d’un ensemble de maisons longeant une cour commune et une marre remplie de nénuphars roses. Trois ou quatre familles y habitent. Ce sont surtout les revenus de la ferme-auberge qui assurent à cette petite communauté familiale un niveau de vie correcte. 

Nous observons la vie quotidienne de ces familles. La cuisine est assurée par Siphen et sa belle sœur, tandis que Mach s’occupe de la ferme. Siphen part enseigner vers 8h du matin pour revenir vers midi, tandis que Mach travaille au lycée de 8h à 17h mais pas tous les jours. C’est Siphen qui gère les relations publiques de la ferme-auberge ainsi que la logistique. C’est une vraie femme d’affaires altruiste, combinant activités touristiques et associatives. Siphen et Mach ont une fille aînée, qui étudie aux Etats-Unis grâce à une bourse d’état. Ils sont très fiers de son parcours et conscient de la chance qu’elle a de pouvoir étudier à l’étranger.

Un drôle de spécimen australien vit à la ferme auberge depuis quelques mois : Graham. Agé d’une cinquantaine d’années, il a quitté son pays natal pour faire un break au Cambodge. Dans sa carrière, il a travaillé dans la banque et géré une ferme de vaches de 700 hectares. Il possède également un « Motel de routiers » tenu par son ex-femme. Il a aujourd’hui le projet d’acheter une ferme au Cambodge pour la fin de sa carrière. Encore un gentleman farmer ! Graham est un gros nounours, très attachant. Le seul problème est que l’on a du mal à le comprendre lorsqu’il parle. Il a un accent australien du feu de dieu ! Par exemple, pour dire « rice » (riz), il dit « rwooosse »… A partir de là, tout est possible, tous vos repères sont brouillés ! Nous vivons de grands moments de solitude lors de quelques-uns de ses monologues... De temps en temps, il « discute » avec la mère de Siphen : il ne parle pas cambodgien, elle ne parle pas anglais. Et pourtant, ils semblent se comprendre ! Ils rigolent, se tapotent sur le bras, s’extasient, acquiescent ou désapprouvent… En fait, ils ne se comprennent pas. Chacun est dans son monde, mais la discutions semble réelle… Tout est dans la communication non verbale. C’est très impressionnant !

Nous faisons également la connaissance de Katia, une allemande voyageant 4 mois en Asie du Sud-Est. Agée d’une quarantaine d’années, elle est dans une période de réflexion sur la vie. Elle la trouve un peu monotone et est en quête de sens. On sent dans ses propos une forte attente de ce voyage, qui l’aidera à prendre les bonnes décisions à son retour. Peut-être changer de travail, vivre à l’étranger, s’investir bénévolement pour une bonne cause ou rencontrer l’amour de sa vie. Nous lui souhaitons qu’elle trouve une réponse à ses questions et qu’elle face les bons choix.
Nous passons nos journées à boire du thé, faire la sieste, donner des cours d’anglais et discuter de l’histoire du pays avec Siphen et Mach. Nous apprenons beaucoup de ces échanges sur la vie quotidienne des Cambodgiens sous le régime Khmer Rouge (Voir l’article dédié). Les stigmates de cette époque tragique de l’histoire du Cambodge sont toujours présents au sein de chaque famille. Aujourd’hui bourreaux et descendants de victimes se côtoient quotidiennement sans que justice ne puissent être rendue… 

Nous aimons nous promener dans les rizières entourant la ferme. Ces plaines d’herbes sèches dans lesquelles paissent des vaches d’un blanc immaculé, s’étendent à perte de vue. Ce n’est pas sans nous évoquer la Camargue. De-ci de-là, des fermes dissimulées derrière d’épais bosquets, émergent de cette mer d’huile brunâtre. Un léger vent chaud balaye la terre poussiéreuse et fait frémir les vielles tiges de riz… Nous y admirons de magnifiques levés de soleil, parmi les plus beaux de notre voyage !

Les chiens de Siphen, les biens nommés Dino et Lucky, nous accompagnent systématiquement dans nos promenades à pied. Ils sont faciles à distinguer : le premier baille sans arrêt alors que le second est toujours en mouvement ! 

Ainsi, nous passons un séjour paisible en compagnie de la famille de Siphen. Ce temps de repos et d’imprégnation du Cambodge nous fait du bien ! Il est maintenant l’heure de les quitter pour rejoindre Phnom Penh… le cœur serré… Bien qu’un sentiment de nostalgie nous envahisse déjà, nous ne réalisons pas encore que dans quatre jours nous serons de retour sur le sol français.

Nicolas et Edwige







Préparation d'un cours d'anatomie

Mots croisés anglais pour Nicolas

Promenade au petit matin dans les rizières

Avec nos fidèles compagnons...

Lever de soleil


Lever de soleil

Bougainvillier

Frangipanier


Une énorme jaque



Nos appartements!


Nicolas prend des cours de langue des signes australienne!

Frère de Mach Meas


Neveu et nièce



Graham, ami de la famille d'origine australienne

Mère de Siphen

Belle-soeur

Cours de rouleaux de printemps avec Siphen

Un délice

Maison des jeunes

Nicolas partage son expérience du voyage avec les jeunes

La tombe du frère de Siphen

Les magnifiques fleurs du jardin de Siphen et Mac

Encore des fleurs !

Siphen nous cuisinant un bon petit plat. Derrière, sa belle sœur.

La marre aux nénuphars de la ferme.

Dans une salle de classe bouddhiste dans les alentour de la ferme.

Nicolas, Edwige, Siphen, Tania





Vidéo: Dans les rizières du Cambodge