dimanche 4 novembre 2012

Dzongu : de l’idée au reportage


L’idée de réaliser un reportage photo dans la région de Darjeeling sur un sujet social ou culturel me trotte dans la tête depuis quelques semaines. J’envisage d’utiliser la même approche que pour mes précédents reportages au Mali, au Maroc et en Afrique du Sud : trouver un sujet et des contacts sur place par l’intermédiaire d’amis ou de rencontres. Cette approche requière peu de temps de préparation avant le reportage et laisse une place importante à l’imprévu et à l’aventure humaine !  


Mon investigation débute par la rencontre avec nos voisins de chambre dans le premier hôtel (Tranquility hôtel), où nous logeons à Darjeeling. Aneli (allemande) et Rahu (Indien) sont un jeune couple qui travaille pour une ONG intervenant dans le domaine de l’alimentation « tendance slow-food ». Ils organisent des festivals un peu partout en Inde dans le but de valoriser et sauvegarder les traditions culinaires et agricoles locales. Ils focalisent leur action sur le lien entre culture et alimentation : les rituels shamaniques, les cérémonies célébrant la fin de la moisson, les plantes médicinales, la transmission des traditions culinaires par les contes, la danse et la musique. En sauvegardant la transmission orale de ces tribus, ils perpétuent ces traditions agricoles et culinaires maintenant ainsi la diversité culturelle et la biodiversité de ces régions indiennes. C’est un beau défi !

Aneli et Rahu sont à Darjeeling pour trouver des conteurs de la région du Sikkim qui pourraient participer à leurs festivals. Au fil de nos multiples rencontres inattendues dans les restaurants de Darjeeling, nous sympathisons. Un soir, ils me convient à un « apéritif de travail » dans le lobby de l’hôtel avec Salil, Abishek et Minket de l’association Acoustic Traditional. Cette association basée à Darjeeling organise depuis trois ans un festival de contes visant à perpétuer la tradition orale des peuples de l’Himalaya. Aneli et Rahu espèrent que Salil les mettra en contact avec des conteurs. Ainsi autour d’un rhum du Sikkim, nous discutons pêle-mêle de contes, de plantes médicinales, de « slow-food », de Monsanto, du Yéti et de shamanisme. Je fais part à Salil de mon expérience avec les conteurs de la place Jemeâ-L-Fna à Marrackeh, dont la culture orale est également en voie d’extinction.

Pour le diner, Minket nous invite au restaurant de ses parents. Ce petit restaurant de la taille d’une grande chambre accueillait, il y a une quarantaine d’année, les chauffeurs de taxis arrivant en pleine nuit de New Jalpaiguri et Gangtok. Aujourd’hui, seuls les habitués et les amis de la famille le fréquentent. En fin de repas, Minket nous présente sa 1ère collection de tee-shirts imprimés de motifs Lepcha. Elle espère promouvoir la culture des Lepchas via ce support. En effet, après avoir travaillé plusieurs années dans la publicité, Minket est rentrée à Darjeeling pour se consacrer à des activités liées à sa culture d’origine (Acoustic Traditional, les tee-shirts). C’est donc ainsi que je fais connaissance avec l’équipe dynamique et militante d’Acoustic Traditional ! Salil étant intéressé par un travail photographique sur les conteurs, nous prévoyons de nous revoir.

Quelques jours plus tard, Edwige et moi retrouvons Salil et Abishek chez la famille de ce dernier. Nous passons l’après-midi à manger et boire tout en discutant d’une possible collaboration. En fin de journée, nous avons droit à une sorte de bénédiction pour Durga Puja de la part des femmes de la famille (mère, grand-mère et tante). Nous ressortons de chez Abishek paré d’une marque de riz rouge sur le front et enrichis d’un cadeau : une pomme, un billet de 100 roupies et des tiges de plantes !  

Le lendemain, nous prenons la décision de réaliser un travail photographique sur la réserve lepcha de Dzongu pour Acoustic Traditional. Les Lepchas sont le premier peuple à s’être installé au Sikkim. Leur religion shamanique et leur mode de vie traditionnel disparaissant peu à peu, cette réserve a été crée afin de tenter de les préserver. L’objectif du travail photographique est double : documenter les gestes des shamans durant les contes et les rituels (pour l’association), réaliser un reportage sur le shamanisme à Dzongu (pour moi).

Ainsi commence notre aventure photographique chez les shamans lepchas !

Nicolas