L’idée
de réaliser un reportage photo dans la région de Darjeeling sur un sujet social
ou culturel me trotte dans la tête depuis quelques semaines. J’envisage
d’utiliser la même approche que pour mes précédents reportages au Mali, au
Maroc et en Afrique du Sud : trouver un sujet et des contacts sur place par
l’intermédiaire d’amis ou de rencontres. Cette approche requière peu de temps
de préparation avant le reportage et laisse une place importante à l’imprévu et
à l’aventure humaine !
Mon
investigation débute par la rencontre avec nos voisins de chambre dans le
premier hôtel (Tranquility hôtel), où nous logeons à Darjeeling. Aneli
(allemande) et Rahu (Indien) sont un jeune couple qui travaille pour une ONG
intervenant dans le domaine de l’alimentation « tendance slow-food ».
Ils organisent des festivals un peu partout en Inde dans le but de valoriser et
sauvegarder les traditions culinaires et agricoles locales. Ils focalisent leur
action sur le lien entre culture et alimentation : les rituels
shamaniques, les cérémonies célébrant la fin de la moisson, les plantes médicinales,
la transmission des traditions culinaires par les contes, la danse et la
musique. En sauvegardant la transmission orale de ces tribus, ils perpétuent
ces traditions agricoles et culinaires maintenant ainsi la diversité culturelle
et la biodiversité de ces régions indiennes. C’est un beau défi !
Aneli
et Rahu sont à Darjeeling pour trouver des conteurs de la région du Sikkim qui
pourraient participer à leurs festivals. Au fil de nos multiples rencontres
inattendues dans les restaurants de Darjeeling, nous sympathisons. Un soir, ils
me convient à un « apéritif de travail » dans le lobby de l’hôtel
avec Salil, Abishek et Minket de l’association Acoustic Traditional. Cette
association basée à Darjeeling organise depuis trois ans un festival de contes
visant à perpétuer la tradition orale des peuples de l’Himalaya. Aneli et Rahu
espèrent que Salil les mettra en contact avec des conteurs. Ainsi autour d’un
rhum du Sikkim, nous discutons pêle-mêle de contes, de plantes médicinales, de
« slow-food », de Monsanto, du Yéti et de shamanisme. Je fais part à
Salil de mon expérience avec les conteurs de la place Jemeâ-L-Fna à Marrackeh,
dont la culture orale est également en voie d’extinction.
Pour
le diner, Minket nous invite au restaurant de ses parents. Ce petit restaurant
de la taille d’une grande chambre accueillait, il y a une quarantaine d’année,
les chauffeurs de taxis arrivant en pleine nuit de New Jalpaiguri et Gangtok.
Aujourd’hui, seuls les habitués et les amis de la famille le fréquentent. En
fin de repas, Minket nous présente sa 1ère collection de tee-shirts
imprimés de motifs Lepcha. Elle espère promouvoir la culture des Lepchas via ce
support. En effet, après avoir travaillé plusieurs années dans la publicité,
Minket est rentrée à Darjeeling pour se consacrer à des activités liées à sa
culture d’origine (Acoustic Traditional, les tee-shirts). C’est donc ainsi que
je fais connaissance avec l’équipe dynamique et militante d’Acoustic
Traditional ! Salil étant intéressé par un travail photographique sur les
conteurs, nous prévoyons de nous revoir.
Quelques
jours plus tard, Edwige et moi retrouvons Salil et Abishek chez la famille de
ce dernier. Nous passons l’après-midi à manger et boire tout en discutant d’une
possible collaboration. En fin de journée, nous avons droit à une sorte de
bénédiction pour Durga Puja de la part des femmes de la famille (mère,
grand-mère et tante). Nous ressortons de chez Abishek paré d’une marque de riz
rouge sur le front et enrichis d’un cadeau : une pomme, un billet de 100
roupies et des tiges de plantes !
Le
lendemain, nous prenons la décision de réaliser un travail photographique sur
la réserve lepcha de Dzongu pour Acoustic Traditional. Les Lepchas sont le premier
peuple à s’être installé au Sikkim. Leur religion shamanique et leur mode de
vie traditionnel disparaissant peu à peu, cette réserve a été crée afin de
tenter de les préserver. L’objectif du travail photographique est double :
documenter les gestes des shamans durant les contes et les rituels (pour
l’association), réaliser un reportage sur le shamanisme à Dzongu (pour moi).
Ainsi
commence notre aventure photographique chez les shamans lepchas !
Nicolas